Le Maroc est-il vraiment le hub qu’on prétend ?

(Africa Diligence) Mohamed Mounjid répond en s’appuyant sur les décryptages de 2 experts : Guy Gweth, CEO de Knowdys, et Bouchra Benhida, Directeur de l’Institut de Recherche en géopolitique et géoéconomie à ESCA.

Le Maroc a enfin compris que son avenir et ses perspectives de développement sont étroitement liés à ses efforts de repositionnement sur la carte géoéconomique mondiale.  Il est devenu aujourd’hui une porte d’accès non seulement vers l’Afrique, mais aussi vers les marchés européens, asiatiques, du Moyen-Orient et éventuellement de l’Amérique latine grâce aux grands efforts de la diplomatie économique, couplés aux visées stratégiques d’internationalisation des grands groupes marocains.

Guy Gweth considère que le positionnement du Maroc en tant que hub régional est une réalité qui repose sur au moins quatre éléments concrets : l’histoire, la géographie, la diplomatie économique et le commerce.

Au plan historique, le Maroc était déjà un hub commercial entre l’Afrique et l’Europe il y a 800 ans. A ce moment là, une grande voie de commerce reliait le sud de l’Europe au Niger en passant par le Royaume chérifien. L’histoire se poursuit donc.

Au plan géographique, le Maroc est à 14 km de l’Europe et une partie (60%) de son territoire est située entre le Maghreb, le Sahara et le Sahel, du sud d’Agadir au sud de la Mauritanie. Son appartenance à la zone MENA souligne parfaitement son encrage pluri-civilisationnel.

Au plan diplomatique, Rabat a signé de précieux accords de partenariats avec plusieurs Etats africains, le Monde arabe, les Etats-Unis (USA) et l’Union européenne. Ces instruments renforcent la position du Royaume en tant que porte d’accès à plus d’un milliard de consommateurs.

Au plan commercial, l’attractivité du pays est incontestable. De nombreux groupes américains, asiatiques et européens, qui veulent profiter de la croissance africaine, créent un «poste d’observation» au Maroc.

Bien que le positionnement du Maroc comme hub régional soit incontestable, d’après ce qui précède, le pays manque de robustesse financière et de compétitivité économique. Sur ce dernier point, le Royaume enregistre un coût logistique parmi les plus élevés du monde, l’équivalent de 20% du PIB. Il faut surmonter ce handicap dans les meilleurs délais!

Bouchra Benhida, quant à elle, estime que fort de ses liens étroits avec les pays du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe (CCG), de l‘Union européenne (UE), des USA et de ses rapports économiques et historiques avec l’Afrique de l’Ouest, le Maroc peut jouer le rôle de hub ouvert sur l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient. Le Royaume peut prétendre à une pareille dimension géoéconomique du fait de sa position géostratégique d’une part,  et d’autre part, du fait de la mise à contribution de ses infrastructures de base et d’appui.

Le rôle de pont économique entre l’Afrique et les trois horizons Nord-Est-Ouest ne sera que plus facilité par les plans multisectoriels des infrastructures de transport, à savoir :

– la libéralisation du ciel dans le cadre de l’accord Open sky de 2006 entre le Maroc et l’UE, outre le grand nombre de lignes aériennes au départ de Casablanca vers l’Afrique ;

– l’infrastructure portuaire moderne comme le port de commerce Tanger Med qui peut prétendre capter une partie croissante des transbordements sur le bassin méditerranéen ;

– le développement qu’a connu l’infrastructure routière reliant le Nord au Sud et qui s’étend au-delà des frontières marocaines, via l’axe Rabat-Nouakchout-Dakar.

Cette dynamique ne manquera pas d’être soutenue par les projets ambitieux lancés dans les domaines des énergies alternatives et des énergies renouvelables qui sont considérés comme des vecteurs de changement et d’opportunité.

(Carine Aboya, avec Le Reporter)