L’intégration économique vendue au plus haut niveau des États africains

[Africa Diligence] Le président du Ghana, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo et son homologue sénégalais, Macky Sall, se sont retrouvés dans le, panel lors de l’Africa CEO Forum 2017, pour parler d’intégration économique en Afrique. Loin des débats hors sol et des discours de convenance, les deux chefs d’Etat ont attaqué le sujet avec lucidité et réalisme, et mis en exergue la nécessité absolue d’une intégration économique renforcée et Afrique de l’Ouest et sur l’ensemble du continent noir.

Le discours de bienvenue précédant le panel a été prononcé par Johann Schneider-Ammann, le ministre suisse de l’Economie, de la Formation et de la Recherche et la discussion, qui a marqué la clôture de cette rencontre de deux jours. Le panel a été animé par Patrick Smith, le rédacteur en chef du magazine anglophone The Africa Report.

Evoquant les évènements mondiaux qui ont récemment fait l’actualité, le Président Akufo-Addo a déclaré que le développement de l’Afrique a été trop centré sur les évènements extérieurs au continent et il était important de se concentrer davantage sur « ce qui se passe sur le continent et dans nos pays ».

Le chef de l’Etat ghanéen a fait part de sa volonté de sortir le Ghana de la dépendance à l’égard de l’aide extérieure pour devenir un pays « dépendant de ses propres ressources et de son savoir-faire ».

 Le Président Sall a toutefois insisté sur la nécessité de collaborer avec les investisseurs internationaux car le seul secteur privé africain « ne suffit pas pour répondre totalement à tous les besoins d’investissement de l’Afrique ».

Selon lui, il était important d’encourager une coopération « entre secteur privé africain et secteur privé international ». Le président sénégalais a également félicité la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International pour le renforcement de leur partenariat pour le développement de l’Afrique.

 Macky Sall a ensuite pris position contre le rôle supposé de l’Afrique dans la crise actuelle des migrants en Europe. « Entre l’Afrique et l’Europe c’est une vieille histoire […] ce que je ne peux pas accepter c’est la caractérisation de la migration africaine, ». Il a précisé que c’était dans l’intérêt du continent de lutter contre l’exode en masse car les « ambitions d’émergence [de l’Afrique] nécessitent du capital humain ».

 Les deux leaders se sont accordés à dire que la création d’une zone de libre-échange dynamique en Afrique, évoquée à une réunion de l’Union Africaine en Ethiopie, aurait dû exister depuis longtemps.

Le Président Akufo-Addo a rappelé que « les échanges intra-régionaux en Afrique sont les plus bas au monde ». Selon les statistiques de l’Organisation mondiale du commerce, le commerce régional entre pays africains représentait seulement 18% du volume mondial en 2014, contre 52% et 69% respectivement pour l’Asie et l’Europe.

 Macky Sall a souligné le rôle important que les femmes ont à jouer dans le secteur public sans oublier également les femmes en milieu rural qui continuent de travailler dans des situations extrêmement difficiles. Selon lui, les mesures prises qui bénéficient aux femmes dans tous les domaines de la société « contribuent certainement à donner une place importante aux femmes dans le développement du continent ».

Nana Akufo-Addo a terminé en remerciant son homologue sénégalais au nom de l’Afrique de l’Ouest pour « la réaction tout en lucidité du Sénégal, après la décision de l’ancien président de la Gambie Yahya Jammeh de rester au pouvoir ». Le président ghanéen a souligné que, pour la première fois dans l’histoire de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), il y a 15 pays membres avec des gouvernements démocratiquement élus.

(Avec Lazard Obiang)

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